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Tout a commencé un dimanche soir
L'origine de toutes les grandes et petites histoires n'est qu'une question de rencontres déclenchantes. Plaçons donc le décor et les acteurs. Nous sommes à la fin des années '70, Ginger Joe exploite un magasin de disques près de la Bourse, parmi ses clients réguliers défilent entre autres des Ronald, Richard Cue ou Michel Brunelli. Ce dernier possède une sono et en arrive rapidement à proposer à Ginger Joe de s'associer pour l'organisation de soirées dansantes.

Ginger Joe, qui a entre-temps fondé Radio Iris avec les moyens financiers fournis par le FDF, invite régulièrement ce Michel en studio et c'est là que tout dérape. Cette émission qui, au départ, reflétait l'actualité musicale la plus pointue du moment, devient rapidement un talk-show mi-humoristique mi-n'importe quoi, mais contre toute attente les auditeurs sont au rendez-vous…
Un dimanche soir, l'omniprésent Michel Brunelli, propose aux auditeurs d'appeler la radio en direct pour faire gagner celui qui crierait le plus fort "Lucifer", fameuse réplique de "Faust" dont le film avait été diffusé la veille à la télévision, le standard explose et Lucifer a désormais son nom d'antenne.
Très rapidement et au grand dam de la direction de Radio Iris, Ginger Joe et Lucifer profitent de leur tribune publique pour annoncer leurs soirées dansantes. Celles-ci commencent à déplacer les foules, elles ont lieu dans les nombreuses boîtes de nuits qui existaient alors à Bruxelles, nous sommes en 1980. Et c'est là que d'autres rencontres se nouent: les disc-jockeys de ces endroits à la mode rejoignent Radio Iris et y chamboulent la grille horaire encore en place: Stéphane Shaw du Zoom (place Jamblinne de Meux), John du Vaudeville (Galerie de la Reine), Kevin Gover du Roosevelt Club (avenue Roosevelt) ou Clément du Circus (chaussée de Waterloo) pour ne citer qu'eux.

La patience atteint ses limites au sein de la direction de Radio Iris, les avertissements commencent à pleuvoir. Le conseil d'administration FDF de la radio (même s'ils tardaient à légiférer en la matière, tous les partis politiques d'alors se faisaient fort de disposer d'une danseuse en FM), supporte de moins en moins ces animateurs turbulents qui, même s'ils drainent une audience croissante, sont loin de refléter la ligne du parti! Outre ces soirées dansantes, c'est désormais aussi de la publicité clandestine qui est diffusée et, là aussi, le bénéfice échappe à la radio, l'émission du dimanche soir -rebaptisée "Ginger Joe et Lucifer Show"- a pris une orientation carrément olé-olé, invitant les auditeurs à révéler sur antenne leurs secrets les plus intimes…
Du côté des animateurs, l'envie d'avoir les mains libres se fait de plus en plus pressante, la sécession inévitable est en marche. Menés par Clovis (Philippe Soreil, qui à l'époque s'occupait également de la carrière de Maurane et de Philippe Lafontaine), les animateurs se rallient à Ginger Joe et Lucifer.

Dans le plus grand secret, durant les mois de mai et juin 1980, un appartement est loué au 7ème étage d'un immeuble de la place Meiser et aménagé en studio.

Le bénéfice des soirées dansantes et de la publicité clandestine financeront un aller-retour discret en Italie (les radios y foisonnaient à l'époque, le prix du matériel y était donc très intéressant) avec, de retour à Bruxelles: un émetteur flambant neuf et plein de dipôles pour constituer l'antenne.

Le temps de rédiger un beau règlement d'ordre intérieur, de décorer l'appartement avec, entre autres, un horrible tapis imitation gazon et un méga-poster avec des palmiers (aux goûts de l'époque) et tout est pratiquement prêt, il ne reste plus qu'à l'annoncer au monde…

Nous sommes dimanche 6 juillet 1980, il est 21h00. Une étrange frénésie règne dans les studios de Radio Iris, rue du Collège Saint-Michel. Certes, le Ginger Joe et Lucifer Show a toujours attiré de nombreux animateurs dans les couloirs mais ce soir-là, ils sont pratiquement tous là. Etrange aussi cet avertissement de Lucifer aux auditeurs: "Ne vous inquiétez pas, vers 23h00 notre émission sera brouillée, surtout ne changez rien, nous vous expliquerons pourquoi juste après"…

Il est 23h00, sur 100.2 la musique est effectivement devenue inaudible tant les craquements et autres porteuses se succèdent. Quelques minutes plus tard, ouf, retour à la normale, Lucifer prend la parole, les auditeurs vont enfin comprendre ce qui se passe…

Et c'est le choc, malgré les protestations et appels éplorés de la direction officielle de Radio Iris, les animateurs se succèdent les uns après les autres pour annoncer que l'émission qu'ils présenteront à partir du lendemain se fera sur la même fréquence certes… mais sur une nouvelle radio: Station Indépendante Satellite. L'ère SIS vient de débuter…